lien cerveau intestin

Le lien cerveau-intestins sur les émotions et les comportements

Et si une partie de ce que vous ressentez, de ce que vous mangez et même de certains de vos comportements se jouait dans votre intestin ?

Nous avons longtemps considéré le cerveau comme le grand chef d’orchestre de notre organisme.

Il pense, décide, contrôle nos émotions et dirige nos comportements.

Pourtant, les neurosciences ont progressivement mis en évidence une réalité beaucoup plus complexe : le cerveau dialogue en permanence avec le reste du corps, et notamment avec notre système digestif.

C’est ce que l’on appelle l’axe intestin-cerveau.

Le microbiote intestinal participe à cette communication par l’intermédiaire du système nerveux, du nerf vague, du système immunitaire, des hormones et des nombreuses molécules produites par les microorganismes qui vivent dans notre tube digestif.

Et lorsque l’on met ces connaissances en perspective avec la Médecine Traditionnelle Chinoise, une correspondance devient particulièrement intéressante.

En MTC, l’Intestin Grêle est associé au Cœur, avec lequel il forme le couple Yin-Yang de l’Élément Feu.

L’Intestin Grêle est également mis en relation, dans certaines lectures énergétiques, avec le système nerveux central et le cerveau.

Son rôle symbolique est celui du discernement : il sépare le pur de l’impur, ce qui doit être assimilé de ce qui doit être éliminé.

Une image qui fait étonnamment écho au fonctionnement du cerveau.

Car notre cerveau fait lui aussi du tri en permanence : il sélectionne les informations pertinentes, filtre les stimuli, interprète ce qu’il reçoit et décide de ce qui mérite notre attention.

On pourrait ainsi résumer cette lecture :

lien cerveau intestin
  • L’Intestin Grêle trie dans le corps.
  • Le cerveau trie dans l’expérience.
  • Le Cœur, en MTC, est associé au Shen, à la conscience et à la clarté de l’esprit

Alors, que se passe-t-il lorsque notre microbiote vient modifier les informations que notre organisme envoie au cerveau ? Les recherches sur l’axe intestin-cerveau nous donnent quelques pistes que je trouve particulièrement surprenantes.

Votre microbiote influence votre poids et vos envies alimentaires

Et oui ! Si vous pensiez que votre poids dépend uniquement de ce que vous mangez et de la quantité d’exercice que vous pratiquez, et bien la réalité est beaucoup plus complexe.

Le poids corporel dépend de nombreux facteurs : alimentation, activité physique, (ça, tout le monde le sait déjà), il y a aussi la qualité du sommeil, les hormones, la génétique, stress y joue pour beaucoup, le métabolisme, différent d’une personne à une autre ce qui explique aussi pourquoi un rééquilibrage fonctionne chez l’un mais pas chez l’autre et également, ce qui est plus récent, on prend en compte le microbiote intestinal.

Dans son livre L’axe intestin-cerveau, le Dr Steven Gundry rapporte notamment le cas étonnant d’une femme ayant reçu une transplantation de microbiote fécal provenant d’un donneur en surpoids. Avant la transplantation, son poids était stable à 62 kg.

Seize mois plus tard, elle pesait 77 kg. Trois ans après la transplantation, malgré un régime liquide et un programme d’exercice supervisé médicalement, son poids atteignait environ 80 kg.

Ce cas spectaculaire ne permet évidemment pas d’affirmer que le microbiote fait grossir à lui seul, mais il soulève un point fascinant  : les bactéries présentes dans notre intestin auraient une influence sur notre métabolisme et certains de nos comportements alimentaires.

C’est précisément l’une des pistes étudiées aujourd’hui. Certaines bactéries utilisent préférentiellement certains nutriments et produisent des molécules susceptibles d’influencer l’environnement intestinal et les signaux envoyés au cerveau. Et le microbiote peut donc ainsi participer à la régulation de mécanismes liés à la faim, à la satiété, au métabolisme et à l’inflammation. 

Le cerveau reçoit alors en permanence des informations provenant du système digestif.

Il ne s’agit donc pas simplement de décider de manger, mais plutôt d’entretenir un dialogue permanent entre :

microbiote → intestin → cerveau → comportement alimentaire → alimentation → microbiote

Certaines recherches portent notamment sur Akkermansia muciniphila, une bactérie associée à une meilleure fonction de la barrière intestinale et à différents paramètres métaboliques favorables.

Mais attention : une association n’est pas une preuve de causalité et aucune bactérie ne peut être présentée comme une solution miracle contre le surpoids.

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Votre microbiote influence votre humeur

Vous avez certainement déjà ressenti cette étrange sensation d’avoir le moral dans les chaussettes sans vraiment savoir pourquoi ?

Car votre cerveau n’est pas le seul à participer à votre état émotionnel. Le système digestif et le cerveau communiquent en permanence. Le stress peut modifier le fonctionnement digestif et l’environnement intestinal.

Mais l’inverse est également vrai : les informations provenant de l’intestin peuvent influencer certains circuits impliqués dans la régulation émotionnelle. Le nerf vague joue notamment un rôle important dans cette communication. Certaines substances produites par les bactéries intestinales peuvent également agir indirectement sur les systèmes immunitaire, hormonal et nerveux.

C’est pourquoi les chercheurs s’intéressent de plus en plus au rôle du microbiote dans les troubles de l’humeur.

Une méta-analyse publiée en 2020, portant sur 21 études, a notamment observé une diminution de certains symptômes et comportements de type dépressif et anxieux après transplantation d’un microbiote provenant de donneurs sains. Des résultats inverses ont également été observés dans certains modèles expérimentaux avec des microbiotes provenant de donneurs présentant des troubles psychiatriques. (1)

Cela ne signifie pas forcément que la dépression vient du microbiote, car elle est un phénomène complexe qui implique de nombreux facteurs biologiques, psychologiques et environnementaux.

Mais ces résultats montrent à quel point le dialogue entre intestin et cerveau mérite d’être étudié. Et c’est également dans ce contexte qu’est apparu le terme psychobiotiques, utilisé pour désigner des probiotiques ou interventions ciblant le microbiote dans l’objectif potentiel d’influencer certains aspects de la santé mentale.

Là encore, la recherche est en cours.

Votre microbiote influence votre caractère

Voici probablement l’une des découvertes les plus étonnantes.

Et si certaines caractéristiques de notre personnalité étaient associées à notre microbiote ?

Attention : cela ne signifie absolument pas qu’une bactérie détermine votre personnalité car votre caractère et votre personnalité sont le résultat d’une interaction extrêmement complexe entre votre génétique, votre environnement, vos expériences, vos apprentissages, vos relations et votre fonctionnement cérébral.

Mais certaines études ont retrouvé des associations entre la composition du microbiote et certains traits de personnalité. Incroyable n’est-ce pas ?

Le Dr Gundry rapporte notamment que des adultes présentant une abondance relative plus importante de certaines Gammaproteobacteria avaient tendance à présenter davantage de neuroticisme, tandis que certaines bactéries productrices de butyrate étaient associées à la conscienciosité.

Une plus grande diversité bactérienne était également associée à certains traits liés à l’ouverture et à l’agréabilité. Même si ces résultats doivent être interprétés avec prudence : ils montrent des associations, pas une relation de cause à effet.

Mais ils posent une question passionnante, que notre environnement intestinal pourrait participer à la façon dont notre cerveau régule nos émotions, notre stress et certains comportements.

Le mécanisme pourrait notamment passer par les métabolites produits par les bactéries, l’inflammation, le système immunitaire et le nerf vague. Et c’est précisément ici que la vision de la MTC prend une dimension intéressante.

Revoyons ses principes : l’Intestin Grêle appartient au Feu, comme le Cœur, le Cœur est associé au Shen, qui englobe notamment la conscience, la présence, la clarté de l’esprit et certains aspects de la vie émotionnelle, l’Intestin Grêle est quant à lui associé au discernement.

Il y a donc une magnifique correspondance symbolique pour savoir qui nous sommes et ce que nous voulons, nous devons pouvoir discerner.

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Discerner ce qui nous nourrit.
Discerner ce qui nous épuise.
Discerner ce qui nous appartient.
Discerner ce que nous devons laisser partir

Votre microbiote participe aux mécanismes de l’addiction

On sait maintenant que certaines de vos envies irrépressibles ne sont pas simplement une question de volonté.

Même si les addictions sont évidemment beaucoup plus complexes que cela, car elles impliquent notamment les circuits cérébraux de la récompense, la dopamine, l’apprentissage, le stress, les émotions et l’environnement.

Toutefois, le microbiote peut lui aussi participer à cette équation. Le Dr Steven Gundry consacre dans son livre un chapitre au microbiote à l’origine des addictions.

Prenons l’exemple de l’alcool. Chez des personnes ayant consommé de l’alcool de manière excessive pendant de nombreuses années, certaines études ont observé un microbiote davantage associé à des bactéries pro-inflammatoires et une diminution de certaines bactéries produisant des acides gras à chaîne courte.

La consommation excessive d’alcool perturbe le microbiote et fragilise la barrière intestinale.  Par conséquent, cette situation favorise une activation immunitaire et une inflammation, et cette inflammation influence à son tour le cerveau.

Ce qui crée alors une boucle telle que  : consommation → perturbation du microbiote → intestin plus vulnérable → inflammation → modification des signaux adressés au cerveau → renforcement du comportement.

Le cerveau apprend alors que plus un comportement est répété dans certaines conditions, plus les circuits neuronaux qui lui sont associés se renforcent.

C’est l’un des grands principes de la neuroplasticité.

L’addiction n’est donc pas simplement une personne qui manque de volonté, car c’est un phénomène qui implique le cerveau, le corps, l’environnement et les mécanismes de récompense et d’apprentissage et le microbiote constitue une pièce supplémentaire de ce puzzle.

Le cerveau et l’Intestin Grêle : une conversation permanente

Ces quatre exemples nous amènent à une conclusion essentielle. Nous séparons en permanence le corps et le cerveau, pourtant, ils communiquent sans arrêt.

  • Votre cerveau influence votre digestion, votre digestion influence votre cerveau.
  • Votre stress modifie votre environnement intestinal, votre environnement intestinal peut modifier les signaux adressés à votre cerveau.
  • Votre alimentation influence votre microbiote, et votre microbiote produit à son tour des molécules capables de participer à cette conversation.

C’est tout le principe de l’axe intestin-cerveau.

Et la Médecine Traditionnelle Chinoise nous propose, depuis une autre grille de lecture, une réflexion particulièrement intéressante autour de l’Intestin Grêle.

En effet, il est associé au Cœur et à l’Élément Feu, mais également mis en relation avec le système nerveux central et le cerveau. L’Intestin Grêle représente notamment la capacité à trier, discerner, assimiler et éliminer. Ainsi, cette notion résonne fortement avec les neurosciences modernes.

Car votre cerveau fait exactement cela en permanence : il trie les informations; il sélectionne; il compare; il interprète; il mémorise; il élimine certaines informations de son champ conscient.

Et il construit progressivement vos réponses à partir de tout ce qu’il reçoit.

Qu’est-ce que votre cerveau et votre intestin essaient de vous faire comprendre ?

Car prendre soin de son microbiote ne consiste pas seulement à penser à sa digestion, c’est aussi prendre soin d’un écosystème qui participe à la communication entre votre corps et votre cerveau.

Et prendre soin de son cerveau ne consiste pas seulement à travailler ses pensées, c’est aussi apprendre à écouter son corps : 

  • À réguler son stress.
  • À respecter son sommeil. 
  • À nourrir son organisme. 
  • À observer ses habitudes.

Et à développer cette capacité essentielle de discernement :

  • Qu’est-ce qui me nourrit ?
  • Qu’est-ce qui m’épuise ?
  • Qu’est-ce que je dois assimiler ?
  • Et qu’est-ce que je peux enfin laisser partir ?

C’est peut-être là que la rencontre entre neurosciences, axe intestin-cerveau et sagesse de la Médecine Traditionnelle Chinoise devient particulièrement passionnante.

Parce qu’au fond, le cerveau et l’Intestin Grêle nous parlent tous les deux du même sujet : faire le tri pour pouvoir mieux vivre.

Références

Les recherches consacrées à Akkermansia muciniphila suggèrent notamment un rôle potentiel dans l’intégrité de la barrière intestinale et différents paramètres métaboliques.

Effect of fecal microbiota transplant on symptoms of psychiatric disorders: a systematic review, 2020. Méta-analyse incluant 21 études consacrées aux effets de la transplantation de microbiote sur différents symptômes psychiatriques.

Source principale : Steven Gundry, L’axe intestin-cerveau.

Important : les relations entre microbiote, cerveau, personnalité, humeur et addictions constituent un domaine de recherche en plein développement. Les associations observées ne permettent pas systématiquement d’établir une relation de causalit